Par la fenêtre entrouverte me parviennent la tiédeur du jour qui se lève, le bruissement du vent et le choeur des oiseaux du petit matin. C’est au printemps que les oiseaux chantent le mieux et avec le plus de force, m’a dit récemment une amie ornithologue. L’été, ils sont trop occupés à nourrir leur nichée. De plus, avait-elle ajouté, ils doivent se montrer discrets pour ne pas attirer l’attention des prédateurs. Tandis que, au printemps, ils s’en donnent à coeur joie, puisque c’est grâce à leurs chants qu’ils se séduisent et qu’ils établissent les frontières de leurs territoires respectifs.

Avec cette merveilleuse symphonie en fond sonore, je prends place à ma table de travail. La matinée s’écoule paisiblement. Mon corps et mon esprit sont en harmonie dans l’instant présent, lorsque, dans l’angle supérieur droit de l’écran, une notification retentit soudainement dans un « ding ! » joyeux. Du coup, mon esprit s’emballe. Qu’est-ce que c’est ? Vite ! Tu devrais prendre connaissance de ce message. C’est peut-être important, voire urgent. J’y jette un oeil, le temps d’en saisir le sujet. Il s’agit d’un avis m’informant que j’ai droit à un nouveau modèle de téléphone intelligent. Ce message ne nécessitant pas une réponse immédiate, je décide de poursuivre mon travail. Mais déjà ma concentration flanche. Du coup, mon mental est ailleurs, dans un autre espace-temps. Insatisfait de ce moment, il désire maintenant autre chose …

Nous sommes prisonniers de schémas qui nous poussent à réagir impulsivement à nos moindres envies. Parce que notre mental a tendance à se définir selon les apparences du monde extérieur, il s’accroche à des fantaisies et à des illusions comme à des bandes Velcro. La fascination des réseaux sociaux tient de cet envoûtement pour le divertissement, la nouveauté, l’excitation sous toutes ses formes. Brusquement, une envie folle nous prend de vouloir autre chose que ce qui est là. N’importe quoi.  Une fois que le mental s’accroche, l’obsession n’est pas bien loin. Pour toutes ces raisons, il est essentiel de comprendre que, derrière chaque fantasme, se camoufle une pulsion inconsciente de fuir l’instant présent.

Il est difficile de cultiver la paix intérieure à travers le flot des désirs, le tumulte des tentations et la fièvre des attirances qui nous encouragent à vivre ailleurs qu’ici et maintenant. Un désir, quel qu’il soit, c’est fort. Si fort qu’il peut kidnapper notre attention pour l’emprisonne dans un passé qui n’est plus ou pour la projeter dans un futur qui n’est pas. Quand bien même nous voudrions hurler dans notre tête pour le faire fuir ou pour nous échapper, personne ne peut venir nous en délivrer. Personne d’autre que nous-mêmes.

Pour nous libérer des tiraillements de ces vaines envies, nous devons reprendre les rênes de notre attention. Quand on s’incarne dans son corps, qu’on se lie à ses souffles, qu’on est attentif à ce qui est là, dans l’ici et le maintenant, graduellement les automatismes se résorbent. La réactivité s’éteint. La pulsion meurt.

En conséquence, l’esprit se détache peu à peu des désirs superficiels pour concentrer son énergie sur les véritables besoins.  

Que la vie vous soit douce,

Nicole

(Pour poursuivre votre lecture :  » Tout Passe », éditions Édito, 2020.)

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